Qui
sommes-nous ? Des naïfs fiers de l’être !
Des naïfs d’abord au sens sentimental du terme. Des ravis comme on dit dans notre Midi natal, des innocents qui croient certaines chimères plus importantes que bien des réalités, et qui partent à l’assaut de leurs rêves avec leur seule confiance pour viatique…
Des
naïfs au sens artistique ensuite, puisqu’à l’origine nous n’étions ni
plus érudits ni plus esthètes ni plus dévots que le commun de nos
contemporains. Nous étions médecin, infirmière, urbaniste…, vaguement
cultivés vaguement incultes, teintés du christianisme dilué de la fin du XXè siècle. Et puis nous avons été mis en route ; par quoi ? par qui ? la chose serait longue à
expliquer ; contentons-nous d’indiquer que des rencontres nous ont été fécondes, nous
appelant au dépassement de nous-mêmes, et qu’un groupe nous a été
précieux, nous
animant d’une fidélité partagée. Confessons
aussi la secrète influence qui a présidé à notre métamorphose : si ce
n'était pas pour les beaux yeux de leur dulcinée, quel Cyrano
s'embarquerait pour
Car précisons-le pour lever d’éventuelles équivoques : nous nous voulons vis-à-vis du Beau du Vrai et du Bien des serviteurs et non des dépositaires ; des pèlerins de l’Impossible qui jamais n’atteindront leur destination, et surtout pas des gardiens du Temple avides de leurs prérogatives. Nous avons en particulière détestation les mystifications de toute obédience, que ce soient les songes creux des sciences occultes, les élucubrations dérisoires des surnaturels à la mode, ou les folies funestes des fanatismes sectaires. De sorte que nous inscrivons sur notre portail l’objurgation de l’abbaye de Thélème : « Ci n'entrez pas, hypocrites boursouflés, cagots, cafards empantouflés qui allumez les fureurs. Tirez ailleurs pour vendre vos erreurs. Vos abus méchants par fausseté troubleraient nos chants », en dignes élèves de l’unique Maître en Université dont nous nous réclamions le bon docteur François Rabelais.
Anonymes par extraction, nous le resterons par vocation. A quoi bon afficher nos états civils ? Plus nous avons travaillé, plus nous avons senti que notre travail ne nous appartenait pas : en nous coulait l’inspiration des artistes des artisans des tâcherons dont nous approchions les œuvres, en nous vibrait un élan à être et à créer dont la source était autrui. Nous nous plaçons ainsi naturellement dans la lignée des architectes et des ouvriers médiévaux, tous demeurés inconnus. Signalons seulement le pseudo du plus agité d’entre nous, auteur de toutes les illustrations : “l’enjoliveur du Vignogoul” ; voilà un surnom fleurant bon les compagnons du Tour de France, une confrérie du devoir avec laquelle nous avons sans doute quelque parenté et pour cause : nous nous abreuvons aux mêmes idéaux.
Qui
sommes-nous encore ? Des humanistes chrétiens !
Nous
avons créé en 2004 une association loi 1901 répondant, pour rappeler les sept
jours de
Avouons en effet que nous ne nous démenons pas pour la gloire de l’Histoire. Peu nous importe que certains détails que nous avons remarqués aient pu échapper aux médiévistes, notre intérêt ne va pas à l’avancée des idées ; il va à l’avancée de nous-mêmes et de nos semblables : comment devenir meilleurs ? Témoigner de ce à quoi nous avons été sensibles, transmettre les richesses dont nous avons été enrichis, est façon de multiplier en nous et autour de nous les biens que nous avons reçus. Il nous semble utile de permettre un déchiffrement de l'inconscient collectif religieux, que chacun prenne conscience combien s'en structurent en Europe les identités collectives et individuelles. Il nous semble fructueux de favoriser une éducation au discernement, que chacun apprenne à distinguer le véridique dans la fiction qui le leurre et le faux dans la réalité qui le désillusionne. Il nous semble primordial de déployer une quête du sens, que chacun s’interroge sur lui et interroge les autres afin d’advenir à la connaissance, voire à la foi, qu’il portait déjà inscrite en lui.
Notre entreprise masque-t-elle un prosélytisme ? Oui et non. Oui, parce nous avons une conviction forte : les gens du temps présent gagneraient à parfois se laisser guider dans leurs constructions d'humanité par les démarches de foi des gens du temps jadis. Nous désirons ainsi répandre autour de nous la “Bonne Nouvelle” dont nous avons nous-mêmes profité. Non, parce que nous ne roulons pas pour un autre parti que celui de l’humanisme : parmi nous coexistent des athées des agnostiques et des croyants. Non en outre parce que nous avons pour passions la liberté de pensée et la liberté de conscience : nous souhaitons proposer nos découvertes à ceux qui en voudront bien, sans forcer personne à quoi que ce soit. Non enfin parce que nous centrons notre abord du Moyen Age sur le thème de la responsabilité humaine face à Dieu : l’art médiéval sous couvert de mystique religieuse nous parle du fait d'être homme, et célèbre dans le sacré l’extrême d’un épanouissement humain. S'il faut nous ranger sous une bannière, merci donc de nous laisser relever celle que tant d'abominations ont souillée, mais qui flotte légère au souffle qui la déplie, celle de "l'humanisme chrétien". Eh oui, cent ans sonnés après la mort de Dieu, le cadavre du Ressuscité bouge encore, au moins culturellement !
Notre affaire cache-t-elle un commerce ? Que nenni. Nous nous livrons à des investissements en temps et en énergie à fonds perdus, hormis les bénéfices personnels que nous en retirons. Nous montons des expositions libres de droit d'accès, en finançant le coût matériel de l’installation par la vente aux visiteurs de reproductions des tableaux exposés. Il va de soi que la gratuité de la mise à disposition des tableaux ne peut autoriser un usage marchand secondaire : les règles de la propriété artistique s’appliquent.