D’où venons-nous, où allons-nous ?
D’où venons-nous ? De la nuit des temps !
Nous avons vous et nous une immémoriale mémoire : nos souvenirs gardent traces du passé de l'humanité. Telle est du moins l'hypothèse que nous voulons explorer, celle de l'existence d'un inconscient collectif. Jung professait la présence au fond de nos imaginaires de représentations archaïques formées au fil des âges qui organiseraient nos schèmes de pensée et d'affectivité. Nous observons pour notre part que l'architecture sacrée du Moyen Age est dépositaire de mythes ancestraux, que la figure de Thésée par exemple hante les églises paléochrétiennes et les cathédrales gothiques. Nous postulons au-delà d'une simple filiation culturelle l'action d'un processus idéologique : des archétypes imprègnent la civilisation occidentale et l'art en fournit le témoignage privilégié. Nous éveiller à des messages enfouis pour réveiller nos consciences endormies, voilà notre défi !
A
défaut de psychanalyser Adam et Eve, nous pouvons nous tourner vers de
plus proches ascendants : les bâtisseurs de cathédrales. Quelle illustre famille avons-nous
avec cette lignée, quels innombrables quartiers de noblesse y possédons-nous ! Rien qu'en France 30000 églises sont protégées au titre des Monuments
historiques et une majorité parmi elles date de la période médiévale.
Toute la chrétienté à cette époque s'est mise frénétiquement à bâtir, de
la plus humble chapelle à la plus fière cathédrale. Romans ou gothiques,
jamais autant de monuments n’ont été construits ; il a été calculé qu'en
trois cents ans plus de pierres avaient été extraites qu’en trois mille ans
dans l'Egypte des pharaons ! « Comme approchait la troisième année qui
suivit l’an mille, on vit dans presque toute la terre, mais surtout en Italie
et en Gaule, réédifier les bâtiments des églises ; bien que la plupart, fort
bien construites, n’en eussent nul besoin, une véritable émulation poussait
chaque communauté chrétienne à en avoir une plus somptueuse que celle des
voisins. On eût dit que le monde lui-même, secouant les haillons de sa
vieillesse, se couvrait de toute part d'un blanc manteau d'églises »
(Raoul Glaber, moine chroniqueur vers 1050)
Pourquoi en ces temps cette passion de bâtir ? Parce que l'architecture religieuse naît alors du bouillonnement de la culture occidentale, inventoriant pour son propre compte l’héritage de la philosophie grecque antique, faisant fructifier en des œuvres de pierre l’esprit du christianisme. Parce que les églises sont alors conçues pour révéler par l’intuition ce qui ne se peut appréhender par la raison, offrant un apprentissage par l’agencement des formes et par l’usage des nombres, constituant un langage secret où une pensée fondatrice relie des éléments contraires pour faire passer des ténèbres à la lumière.
Où allons-nous ? Devant nos pas !

Les Européens se trouvent de nos jours, face à l’architecture romane et gothique, devant un gigantesque puzzle que les destructions les reconstructions et les ajouts ont rendu quasi illisible. Pour découvrir la signification de ce rébus, seule une démarche de l’ordre d’une initiation peut fournir une clé de lecture : il s’agit de mettre ses pas dans ceux des bâtisseurs de cathédrale, et de patiemment reconstituer les leçons que chaque maître transmettait oralement à ses disciples.
Nous invitons
dans cet esprit à une sorte de jeu,
une manière de renouveler par la contemplation de