A
quel jeu jouons-nous ?
Nous
nous sommes aperçus après coup que dans nos vagabondages nous faisions de
l’herméneutique sans le savoir : bienheureux les simples d’esprit !
Nos coups de cœur auraient en effet de quoi faire allégeance au courant
philosophique illustré par Hans-Georg Gardamer et Paul Ricoeur, celui qui
s’attache à une compréhension des œuvres d’art. Et nos enthousiasmes
portant sur l’art religieux, nous aurions beaucoup à apprendre des herméneuticiens
qui interprètent les symboles du sacré. Notre aptitude sera cependant toujours
plus d’être des pratiquants que des savants !
Nous avons eu également à reconnaître que dans notre évolution nous les mangeurs de curés nous nous étions mués en grenouilles de bénitiers. C’est peut-être qu’à notre modeste échelle s’est rejouée l’histoire du peuple de Dieu, passant vis-à-vis de l’Eternel d’une expérience de la liberté à une expérience de la fidélité. Soyons clairs néanmoins : nos discours sont à l’Evangile de Jésus-Christ ce que le jeu de la marelle est à l’existence des hommes, une aimable plaisanterie. Mais une aimable plaisanterie qui, nous l’espérons, vous communiquera quelque chose de l’esprit qui l’anime. Si vous avez tendance à ne voir partout que désorientation, aurez-vous la grâce d’entrevoir pour vous et pour autrui une destination ?
Nous établissons ce que nous appelons des portraits d’église, en mettant au service d’un art actuel des techniques traditionnelles :
- nous représentons tout d’abord en noir et blanc la forme externe et la structure interne de l’édifice (crayon, fusain, pierre noire, encre de Chine).
Le
portrait d’église utilise un vocabulaire des formes, des tracés, des
nombres, de la lumière et des couleurs, qu’il a hérité du langage séculaire
de l’architecture sacrée tel que l’ont composé les traditions, les
coutumes et les rites chrétiens. Dans ce code tout est symbole, puisque tout
est lié ! Chaque portraiture constitue ainsi la pièce d’un gigantesque
puzzle, et fournit l’accès d’un immense labyrinthe : chacun est convié
à peu à peu y déchiffrer par lui-même la signification cachée des choses.
L’art contemporain se réduit souvent à un jeu de miroirs entre l’ego de l’artiste et l’ego du spectateur. Les œuvres s’y réduisent à des autoportraits narcissiques, et le scandale médiatique et la spéculation marchande leur apportent seuls une justification. L’art moderne fut d’une meilleure consistance, lorsqu’il fut celui de la lucidité acérée, de la mise à nu assumée, lorsqu’il exhiba les ruptures, les dislocations, les incohérences, les corruptions, les anéantissements : il nous étalait l’absurdité de la condition humaine dans un monde occidental vide de sens. Mais la déconstruction a perdu de sa pertinence à se complaire dans la dissidence et la désagrégation, elle a fini par verser dans un nihilisme cynique et une misanthropie désespérée.
Le
temps de la déconstruction s’achève-t-il, le temps de la reconstruction
va-t-il lui succéder ? L’Heptaméron corrige André Malraux et vaticine : «
Le XXIe siècle sera mystagogique ou ne sera pas ! ». L’artiste à nouveau,
selon la formule de Francis Ponge, sera « un
mécanicien qui prend le monde en réparation, morceau par morceau, dans son
atelier
». L’artiste à nouveau repartira dans sa quête du mystère
humain, à nouveau il se fera l’interprète d’une recherche collective, à
nouveau il conversera avec les philosophes. L’avenir de l’art et de
l’humanité est, comme au Moyen Age, dans le dialogue entre une immanence et
une transcendance.
Nous vous invitons à un parcours virtuel dans les arcanes de l’architecture religieuse médiévale. Visite au gré des tableaux d’un musée imaginaire, exploration au fil des énigmes d’un dédale symbolique, ou poursuite au souffle des citations d’un pèlerinage spirituel, à quelles règles obéit notre jeu de piste ?
Une
première approche – qui ne peut selon nos conceptions qu’être alambiquée !
– dirait que ce jeu organise une rencontre entre un système ancien, qui se
voulait totalement cohérent, et une pensée contemporaine, qui est envers toute
doctrine adepte du soupçon. Que rien n’a été conçu au hasard dans le choix
des mots et la confection des images, mais que le hasard est un complice attitré
de notre sarabande. Que toutes les données mentionnées sont exactes, mais que
tous les rapprochements effectués entre elles sont subjectifs. Que tout serait
donc faux, à moins que rien ne puisse nous être davantage vrai. Que nous
souhaiterions vous faire partager notre plaisir du décryptage, mais que nous
vous prions de garder pour vous ce
que vous décoderez afin que d’autres puissent le redécouvrir à leur tour.
D’où
une règle du jeu qui dans une version ésotérique se doit de se formuler comme
suit. Si vous désirez tel Thésée sortir victorieux de l’affrontement du
Minotaure ou tel Perceval ramener le Saint-Graal, c’est-à-dire si vous désirez
illuminer les Ténèbres de la lumière de
-
ce jeu n’est pas explicable, il se révèle.
- ce jeu n’est ni de la réalité ni de la fiction, il est une parole qui ne trompe pas.
- ce jeu ne délivre pas d’enseignement au travers de solutions, il instruit chacun de ses tâtonnements au travers de questions.
- ce jeu ne comporte pas de maîtres ou d’élèves, il suppose que chacun soit son propre maître et son propre élève.
- ce jeu révoque l’opposition croyants/incroyants, il renvoie chacun uniquement à son humanité.
-
ce jeu n’est pas l’œuvre d’un artiste, il est le dessin d’un grand
dessein dépassant l’individu.
-
ce jeu ne porte pas sur l’art, il concerne la vie et il ne vise qu’un seul
objectif : faire vivre.
Ces hermétismes risquant de rendre vos pérégrinations bien rudes, nous
avons pitié de vous. Affaiblissons notre initiation ésotérique de sept
consignes exotériques au rassurant prosaïsme :
- de quel matériel disposer ? Une encyclopédie du savoir humain
des origines à la fin des temps pourrait aider, mais pour le plus gros votre
main fera l’affaire.
-
quel déplacement envisager ? Faire un aller-retour au fin fond de
-
quelles actions sont requises ? Toute bonne action serait la bienvenue,
mais à défaut une série de clics gauches suffira à vous mener au Paradis.
-
quelles portes pousser ? Entrer dans des églises ne ferait pas de mal au mécréant
que vous êtes, mais cliquer à des endroits appropriés vous réservera déjà
quelques suppléments d’âme.
-
vers où se diriger ? Pour savoir où cliquer
aller où l’on croit bon fournirait le GPS, mais faire
fonctionner sa comprenette procurera au moins une boussole.
-
que faire si l’on est perdu ou bloqué ? Avancer pas après pas au petit
bonheur la chance constituerait une solution, mais cliquer n’importe où et partout
en est une autre pour se dépétrer des symboles les plus abscons.
-
comment savoir si l’on est arrivé ? Il serait à désespérer que vous pénétriez
dans le Saint des saints sans vous en rendre compte, mais il faut effectivement
prévoir le pire. Eh bien disons que vous ne serez parvenu au bout du bout de
votre cheminement que lorsque -ne mégotons
pas !-vous ferez face à Dieu et recevrez sa bénédiction :
vous pourrez alors revenir sur terre en ayant obtenu réponse à l’éternelle
question des hommes, comment vivre ? Car, en violation de tous les impératifs
ésotériques, oui, dans ce site ouvert à tous nous donnerons, avec des mots écrits
blanc sur noir, la solution à cette insoluble énigme !