Quelles accointances avons-nous avec l’ésotérisme ?

 

 

L’ésotérisme, nous voulons l’exorciser ! 

 

 Il est une conception et un usage de l’ésotérisme dont nous sommes de farouches adversaires : en gros tout ce qui depuis cent ans grenouille sous une telle enseigne. Nous ne sommes en effet en rien les héritiers de la kyrielle de sociétés secrètes ayant surgi en Occident à la fin du XIXe siècle ; vouant un culte qui aux Esprits qui à Satan qui à la Gnose , ces délires n’ont pour valeur que de servir de repoussoir. Nous ne croyons ni à leur Dieu ni à leur Diable ! Nous ne sommes pas en outre des enfants du siècle pour ce qui est du goût actuel pour un paranormal et une supraréalité ; les avatars contemporains de la pensée magique n’ont même pas, à la différence des superstitions anciennes, l’excuse de faire rêver. Nous ne croyons plus à la Raison mais ne croyons pas pour autant à l’Irrationnel ! De sorte qu’au total nous avons la prétention d’être des gens parfaitement fréquentables ; le sulfureux, très peu pour nous !

Avant d’à ce point se dévoyer, l’ésotérisme fut une doctrine respectable : du grec “eso” signifiant au-dedans, elle prônait un mode d’acquisition des connaissances fondé sur l’initiation de bouche à oreille et le vécu personnel. Même si le terme n’est plus utilisé tant il s’est discrédité, il peut être soutenu que tous les apprentissages sont nécessairement ésotériques. Dès lors qu’elles ne visent pas à inculquer simplement un savoir-faire mais cherchent à ouvrir à un savoir-être, dès lors qu’elles se proposent de transmettre non des techniques mais des compétences, les pédagogies doivent reposer sur des principes qui nous viennent de temps immémoriaux : le rapport interpersonnel enseignant-enseigné, la communication orale, l’expérimentation individuelle de l’élève, l’affiliation à un groupe, l’enseignement de méthodes mal explicitables, le transfert d’habiletés ignorées du milieu ordinaire, le développement d’une aptitude au fil d’un compagnonnage. Qu’il s’agisse d’une formation professionnelle, d’une sensibilisation à l’éthique, d’une éducation à la philosophie, d’un éveil à la foi, partout un ésotérisme est présent sans être reconnu.

   

L’ésotérisme, nous voulons l’exercer !

 

          Le but de l’Heptaméron est de faire redécouvrir, et même de renouveler, l’art chrétien ésotérique. Car le christianisme des premiers chrétiens fut ésotérique : la propagation de la nouvelle croyance parmi les juifs et les païens se fit sous un mode initiatique. L’Apocalypse de saint Jean est une trace de la culture du secret par laquelle opérait à l’époque l’évangélisation. Le Concile de Nicée en 325 sous Constantin marqua le basculement du christianisme dans l’exotérisme (du grec “exo” en dehors) : la religion chrétienne étant instituée religion de l’Empire, l’Eglise fut désormais une assemblée ouverte au monde, la Révélation divine s’enseigna d’une façon publique et vulgarisée, tous les peuples de la Terre furent destinés à être convertis et traités en égaux. Néanmoins une inspiration ésotérique continua d’imprégner le christianisme durant tout le Moyen Age, les vertus de l’initiation étant mises au service de la catéchèse. Ce fut l’invention de l’imprimerie à la Renaissance qui sonna définitivement le glas de l’ésotérisme dans les églises chrétiennes.

 Les édifices religieux moyenâgeux sont les survivants de la dimension ésotérique passée de la religion chrétienne, ils sont porteurs d’un sens caché qui s’est largement perdu : en retrouver et en faire partager certains aspects, tel est notre objectif. Nous essayons dans ce but d’adopter une position médiane entre initiation et instruction : d’un côté nous nous efforçons d’explorer et de revivifier de l’intérieur des traditions ésotériques ancestrales, d’un autre côté nous entendons amener au grand jour en direction de tous une sagesse méconnue.