La cathédrale Saint-Pierre de Montpellier (Hérault) : les convulsions du désir

Penché sur son berceau, Charlemagne convoque en 789 un synode pour que chaque église cathédrale établisse une école et que son chapitre y consacre un bénéfice.

La première faculté occidentale de médecine est à Montpellier, c’est la plus ancienne au monde encore en exercice. Installée dans l’ancien monastère bénédictin jouxtant la cathédrale, de fameux ronds et carrés y sont formés ; Rabelais, Pétrarque, Nostradamus, Arnauld de Villeneuve, Raymond  Lulle,  mais aussi Lapeyronie, Chaptal, Gui de Chauliac, Petrus Hispanus. 

Le 7 janvier 1367, cantonnée de quatre tours,  la cathédrale de Montpellier dédiée à saint Pierre est consacrée par le pape et douze cardinaux.

Montpellier, foyer de tous les savoirs, gouvernée par douze consuls réputés pour leur probité, éveille aux lumières de la science nombre d’esprits de la Réforme.

La Réforme préfigure l’esprit des Lumières, elle est en religion un breuvage de rationalité et une étape vers la modernité carrée. Les réformés s’élèvent contre l’esprit magique et la superstition qui imprègnent nombre des chrétiens de ce temps. Ils pensent que les institutions ecclésiastiques, considérées comme des réalités humaines, peuvent se tromper. Pour eux, chaque baptisé a une place identique et le sacerdoce des croyants est universel.

Les réformés avaient obtenu des écoles, ils voulurent des églises. La tension monte. En septembre 1561, de force, ils s’emparent de la cathédrale Saint-Pierre. Ils avaient le désir explicite de nettoyer, de purifier par le marteau et le feu des lieux considérés comme souillés par le culte des images.

L’édifice est pillé, les autels profanés, les statues brisées, les croix mises en pièces, les rétables détruits. Une semaine durant, c'est la révolution, 60 églises de la ville et de ses environs subissent le même sort.

Tu sauras reconnaître les carrés des ronds quand tu découvriras leur propension naturelle à tout compliquer pour tout changer : ainsi tout se transforme mais rien ne bouge.

En 1563, Henri de Montmorency impose un conseil mixte de douze membres mais en 1564 le conseil redevient entièrement catholique.

En 1567, de nouveaux troubles et un siège de 48 jours de la cathédrale  se terminent en un nouveau saccage. Les assiégeants pratiquent une sape dans le grand clocher qui s’effondre, entraînant la destruction de deux travées de la grande nef et du portail.

Le 23 mars 1568, l’annonce de la paix de Longjumeau, comportant la restitution des églises aux catholiques, provoque un nouvel accès de violence dévastatrice.

Heureusement à la Saint-Barthélemy,  la vigilance du comte de Joyeuse évite des massacres à l’image de ceux de Paris. Finalement en 1574, Henri  de Montmorency s’allie aux réformés et impose la mixité de confession dans le conseil des douze. A la fin du siècle, Montpellier devient une capitale calviniste.

La perfection pour le carré consiste à réussir l’impossible égalité de la terre et du ciel par un tour de force : c’est pourquoi il considère la surpuissance comme une vertu cardinale.

 

 Deux fois douze : la dualité de l'unité

Les vingt-quatre Vieillards de l'Apocalypse  B.N.F. nelle acquisition latine 2290 fol 53v

Les vingt-quatre Vieillards de l'Apocalypse (Apo, 14) est un thème iconographique assez fréquemment représenté sur les tympans des églises. Il désigne l’indéchiffrable dualité.

Ces vingt-quatre sages sont les douze prophètes (ou les douze patriarches) et les douze apôtres, c'est-à-dire le collège des personnages incarnant l'Ancien et le Nouveau Testament, l’Ancienne et la Nouvelle Alliance.

Tu les trouveras sculptés sur le portail de la cathédrale d’Amiens, chacun associé à sa vision et à une vertu. Tu les découvriras, peints sur la voûte de la troisième travée de l’église de l’ancienne abbaye Saint-Polycarpe dans l'Aude et dans la chapelle de Saint-Martin-de-Fenovillar de Maureillas las Illas dans les Pyrénées-Orientales.

Lorsque tu entendras sonner le carillon des vingt-quatre cloches au-dessus du tympan aux vingt-quatre vieillards de l’abbaye de Moissac, sauras-tu résonner ?

Lorsque tu verras sur le portail de la cathédrale d’Oloron-Sainte-Marie les vingt-quatre vieillards entourant l’agneau mystique, douze de chaque coté,  tenant chacun à la main un instrument de musique et dans une autre main quelque chose d’étrange,  seras-tu assuré du chemin à prendre ?

Tu n’auras plus de doute lorsque tu auras vu, au musée archéologique de Montpellier, le fragment sculpté provenant de l’abbaye de Gellone avec ses deux vieillards de l’Apocalypse.